On a cassé le cycle de l’azote

Ça commence bien : mon premier article va parler de merde. Je sais, ce n’est pas très élégant, mais c’est pourtant, vous allez le voir, un sujet important.

En 1592, un anglais du nom de John Harington invente le principe de chasse d’eau. Cette invention géniale est à l’origine de l’une des plus importante catastrophe écologique en cours sur notre planète.

Nous avons (presque) tous l’habitude aujourd’hui de voir toutes nos eaux sales partir dans les égouts. Nous savons que ces eaux sont sales, mais heureusement, du moins dans les pays développés, des stations d’épuration permettent de les nettoyer avant de les rejeter dans la nature. Ces eaux sales sont le résultat de notre hygiène corporel, du lavage de notre linge, de notre vaisselle, etc.

Mais les eaux d’égouts contiennent aussi et surtout nos déjections, les déchets qui ont été évacués par notre chasse d’eau. Le problème, c’est que nos déjections sont spéciales. Contrairement aux autres eaux sales, qui sont assez faciles à nettoyer, même naturellement, l’urine et les matières fécales contiennent une grande quantité d’azote.

Dans la nature, les déjections azotées se mélangent aux déchets cellulosique des plantes et forment de l’humus. Cet humus est sans doute ce qui existe de mieux comme engrais naturel. Ainsi, l’humus va permettre aux plantes de grandir. Celles-ci vont ensuite se faire manger par des animaux qui, après digestion, vont déféquer ou uriner sur les déchets des plantes. La boucle est bouclée.

Chez les humains, en revanche, nos déjections sont évacués dans une grande quantité d’eau. En quelques heures seulement, les composés azotés se transforment en ammoniac, et deviennent ainsi irrécupérables pour la nature. Contrairement à ce que l’on croit, les stations d’épuration ne peuvent pas récupérer cet azote et se contente de détruire ce qu’elles peuvent et rejeter le reste, sous forme polluante, dans les rivières. Le cycle de l’azote est cassé.

L’azote de nos déjections représente environ 40% de ce qui est utilisé dans l’agriculture, on imagine donc aisément l’énorme quantité qui sort du cycle lorsqu’on préfère polluer les eaux plutôt que de le réinjecter sous forme d’engrais.

Quelle solution ?

Il existe pourtant bien une solution. Une solution relativement simple et peu coûteuse. Mais pourquoi alors est-elle si peu utilisée ? Essentiellement parce qu’il y a une barrière psychologique à passer. Utiliser des toilettes à litière bio-maitrisée nécessite de repenser complètement notre approche vis-à-vis de nos déjections.

En effet, nous somme aujourd’hui globalement fécophobes. Nous aimons expulser nos déjections dans des toilettes, tirer la chasse puis… Disparus ! Nous ne voulons surtout pas savoir ce qu’il se passe ensuite. L’utilisation de toilettes sèches nous impose de gérer notre merde même après sa sortie et ce, jusqu’à ce qu’elle soit sur un beau tas de compost. Cela nécessite également d’être psychologiquement capable d’utiliser le compost ainsi créé en tant qu’engrais, ce qui est, soit dit en passant, beaucoup plus sain que la plupart des engrais que nous utilisons aujourd’hui.

C’est pour toutes ces raisons qu’aujourd’hui, à chacune de mes visites dans des lieux d’aisance, j’ai l’impression de commettre un crime contre la nature et, par ricochet, contre l’humanité. Vivement que l’on puisse passer cette barrière psychologique que je puisse enfin déféquer la conscience tranquille…

Pour en savoir plus :

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