Parlons d’équité, parlons équitable

Imaginez un monde parallèle où le téléphone ne s’est pas répandu dans la population. Dans ce monde, une puissante compagnie de transport de courrier fait tout pour discréditer cette invention. Fiction ? Oui, et pourtant…

Comme dans ce monde parallèle, il existe un domaine, sur notre planète, pour lequel tout le monde, en grande partie à cause de la manipulation que l’on subit, se retrouve autour d’un consensus totalement absurde : une solution faiblement efficace et très couteuse. Alors qu’il existe à côté une solution bien plus efficace et moins onéreuse ! Ce domaine, c’est la linguistique.

Le cas de la France

L’article 2 de notre constitution stipule que « la langue de la République est le Français. » Lorsque cet article a été ajouté, un grand nombre de personnes se sont posé la question de son utilité. En effet, tous les Français savent bien qu’en France, on parle le Français.

Pourtant, dès 1994, M. Toubon, alors ministre de la culture, trouve opportun d’écrire un texte de Loi pour protéger notre patrimoine linguistique. D’après lui, notre langue est en danger, malmenée de tous côtés, essentiellement par la langue anglaise. Cette Loi, lors de sa publication, a été raillée, tout comme son auteur qui y a gagné le surnom de « Mr. Allgood ». C’est vrai, après tout, de tous temps, les différentes langues du monde se sont interpénétrées, faisant évoluer le vocabulaire de chacune d’elles, en fonction des diverses évolutions culturelles ou technologiques des pays.

Mais est-ce vraiment ce qui se passe aujourd’hui ? Si l’on regarde de près, on se rend compte que le « vocabulaire de la rue » en France, comme dans tous les pays, s’enrichit presque exclusivement de mots anglais. De plus, ceux-ci ne viennent pas compléter un vocabulaire dans lequel il n’existe pas d’équivalent, mais viennent carrément remplacer le vocabulaire existant. Mais encore, contrairement à une époque où les mots d’origine étrangère étaient absorbés et « digérés » par le Français, parfois jusqu’au niveau de l’écriture (comme, par exemple, pour « redingote »), ou au moins au niveau de la prononciation (cas de « shampoing »), les mots s’incrustent aujourd’hui tels quels dans notre vocabulaire, avec leur écriture et leur prononciation improbable pour quelqu’un qui se base sur les règles du Français (cas de « mail », qui s’écrit comme un mot français que l’on ne sait plus prononcer, avec un son « è-ille-le » qui n’existe pas dans notre langue).

Bien sûr, tout le monde sait que l’anglais est, de facto, la langue internationale. Connaitre un minimum d’anglais semble nécessaire dans la société d’aujourd’hui. On ne voit pas en quoi cela peut nuire à notre langue ou, en tous cas, on pense qu’il y a bien d’autres problèmes plus urgents à régler.

Pourtant, aujourd’hui, l’anglais est omniprésent. De très nombreux salariés sont amenés à l’utiliser quotidiennement ou presque, et la plupart du temps, avec des personnes qui ne sont pas anglo-saxonnes. Mais ce n’est pas tout. Essayez de trouver une publicité qui n’a pas d’anglais, ni dans la marque, ni dans le slogan, ni dans les textes… Malgré cette Loi Toubon citée ci-dessus, il s’agit quasiment d’une mission impossible ! Il y a pire encore : si vous êtes amoureux de la diversité culturelle, regardez à quel point aujourd’hui, les chansons que l’on entend sur les différents médias sont toutes soit dans notre langue (pour moitié, parce que la Loi l’exige), soit en anglais… N’y a-t-il vraiment que ces deux langues qui savent produire de la musique ?

Évidemment, notre système éducatif s’est adapté. Comme il serait impossible d’admettre que l’on privilégie la langue d’une partie de la planète au détriment des autres, on continue d’enseigner les langues (au pluriel) aux enfants. Pourtant, dans les faits, il n’y a pratiquement que l’Anglais qui est enseigné, sans que l’on puisse avoir le choix, et dès l’école primaire. Bien sûr, il a fallu trouver des heures pour enseigner cette langue… Heures que l’on a prises sur les enseignements fondamentaux. Comment peut-on encore s’étonner de la baisse de niveau chez nos enfants ?

L’Anglais est donc maintenant partout. C’est par exemple le cas dans les logiciels qui calculent les paramètres à utiliser pour les appareils de radiothérapie dans certains hôpitaux, comme celui d’Épinal. Oui, lorsque l’on regarde attentivement, on se rend compte que l’anglais peut tuer !

Les dangers de l’anglais

L’hôpital Jean-Monnet d’Épinal n’est pas le seul cas de problèmes graves liés à l’usage abusif de la langue anglaise. Même s’ils sont rares, ces problèmes peuvent être parfois catastrophiques. Par exemple, lorsqu’un pilote américain et un pilote néerlandais demandent ce qu’ils doivent faire à un contrôleur aérien espagnol, le premier ayant des difficultés à comprendre s’il doit aller dans la première allée ou la troisième (« first » et « third », selon les accents, sont parfois très semblables), le second croyant qu’il peut décoller, ayant pris un nom d’état pour un nom d’action, on aboutit aux 583 morts de la plus grande catastrophe que l’aviation civile ait connue.

Mais sans aller jusque là, on peut quand même s’étonner que la banque centrale européenne exige un niveau d’anglais tel à tous ses collaborateurs, que ceux-ci sont logiquement presque tous Anglais… Alors que la Grande-Bretagne ne fait pas partie de l’Euro !

Il est également surprenant que la plupart des opérations militaires multinationales soient dirigées en langue anglaise. Autant prêter notre armée aux États-Unis d’Amérique… Et espérer que nos soldats français ne bafouilleront pas lorsqu’ils demanderont un appui parce qu’ils seront en danger !

Ces derniers exemples sont, certes, hypothétiques, mais dans notre vie de tous les jours, on voit bien (si l’on souhaite le voir et ne pas jouer l’autruche) que l’anglais occasionne des frais gigantesques : formations (alors que l’on est sensé être formé à l’école), incompréhensions en réunion, documents mal rédigés, et j’en passe…

Les couts

Pour bien comprendre pourquoi ce choix de l’Anglais est absurde, pourquoi il entraine de tels couts, il faut commencer par s’enlever de la tête la propagande relativement répandue qui stipule que « l’Anglais, c’est facile. » En effet :

  • un niveau basique d’Anglais, comme pour les autres langues européennes, nécessite environ 1500h d’apprentissage ;
  • si, du fait de son omniprésence, on a tendance à connaitre un certain nombre de mots en Anglais, il ne faut pas oublier le matraquage médiatique qui a été nécessaire à cet apprentissage « passif » ;
  • en Anglais, pour chaque concept, il existe souvent 2 termes, l’un d’origine française, l’autre d’origine germanique, ce qui est pratique pour parler la langue, mais pour la comprendre, il faut assimiler un vocabulaire près de 2 fois supérieur aux autres langues ;
  • l’écriture de l’Anglais est tellement incohérente qu’elle retarde l’âge où les enfants anglo-saxons savent lire, mais pire encore, favorise la dyslexie chez les enfants qui l’apprennent.

En 2005, le Haut Conseil à l’Évaluation de l’École français demande au professeur Grin d’étudier l’enseignement des langues étrangères en France. Dans son rapport, le professeur explique pourquoi, chaque année, ce sont plusieurs milliards d’euros qui sont injustement transférés de la France vers le Royaume-Uni. Pour ce dernier, environ 1% de son PIB n’est dû qu’à la prédominance de sa langue, un peu comme si tous les États lui versaient un impôt linguistique ! Étrangement, ce rapport a été rapidement enterré et n’a jamais été suivi d’effet.

Au niveau mondial, cette domination linguistique profite aux pays anglo-saxons et surtout au premier d’entre eux, qui peut s’en servir pour financer et renforcer son système capitaliste. De même, lorsque tous les autres pays passent du temps à apprendre leur langue, les anglo-saxons peuvent passer du temps à étudier les sciences, et ainsi conserver une certaine avance technologique, ce qui leur permet de conserver leur domination. La boucle est bouclée…

Mais il existe également un cout culturel. En effet, les experts le répètent régulièrement, langues et cultures sont étroitement liées. En faisant tout pour diffuser leur langue, les États-Unis diffusent également leur culture, avec tout ce qu’elle a de positif, mais aussi et surtout de négatif : malbouffe, adoration des armes à feu et de la violence, peine de mort, consumérisme, croissance, etc.

Que faire ?

Depuis fort longtemps, les hommes essaient de casser la malédiction de Babel en inventant des langues qui, apprises après sa langue « régionale », permettraient de se comprendre plus facilement. L’une de ces langues est aujourd’hui parlée par des millions de personnes réparties dans le monde entier. Il s’agit de l’espéranto. Cette langue a déjà plus de 125 ans d’existence et a donc eu tout le temps de prouver son efficacité. Mais alors que l’on peut facilement constater l’intérêt de cette langue, celle-ci subit les attaques d’une campagne de discrédit, massivement relayée par toutes les personnes qui, certaines d’avoir raison, n’ont jamais cherché à se documenter, et propagent ainsi une sorte de « pensée unique ».

Alors, après avoir milité pour la préservation de la biodiversité, qui est prêt à militer pour la préservation de la diversité culturelle ?

Pour en savoir plus :

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2 commentaires pour Parlons d’équité, parlons équitable

  1. Ricard en thèse dit :

    Tant que le libéralisme économique anglo-américain existera, l’espéranto n’aura pas d’influence mondialement.

  2. Je vous conseille également de lire sur un autre journal ce témoignage d’un enfant trilingue : http://blog-bilinguisme.fr/temoignage-enfant-trilingue/

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