Histoire d’assistés

Un professeur de sciences économiques un brin conservateur fut vexé de se retrouver face à un amphithéâtre vide un jour de mouvement social étudiant. Il décida de se venger en donnant une bonne leçon à ses élèves.

Au cours suivant, il leur dit : « Si j’ai bien compris vos revendications, vous souhaitez plus de solidarité. Nous allons donc étudier les conséquences de ce choix. Cette année, nous allons adopter dans la classe un système socialiste. Je corrigerai chacune de vos copies et y mettrai la note qu’elle mérite, mais sur votre bulletin, je vous mettrai la note moyenne de la classe. Vous allez vite comprendre, lorsque les élèves travailleurs devront donner de leurs points aux assistés qui ne font rien, les effets négatifs de votre solidarité ! »

Lors du premier examen, les élèves, qui avaient cru à du bluff, travaillèrent normalement, chacun de leur côté. La promotion obtint la note de 12/20, attribuée donc à chaque élève.

Lorsqu’ils comprirent que c’est réellement cette note qui allait être prise en compte, les bons élèves, frustrés de ne pas avoir eu tous les points qu’ils méritaient, allèrent trouver, avec colère, les élèves qui avaient fait baisser la moyenne. Là, ils se rendirent compte que, contrairement à ce qu’avait laissé entendre le professeur, ces mauvais élèves n’étaient pas forcément ceux qui travaillaient le moins. La plupart avaient juste eu quelques difficultés à comprendre certaines parties du cours.

Certains bons élèves se mirent donc, petit à petit, à aller régulièrement voir les mauvais, ceux qu’ils appelaient auparavant « les fainéants », pour vérifier qu’ils avaient bien tout compris. Puis, voyant cela, certains mauvais élèves prirent l’habitude, lorsqu’ils en sentaient le besoin, d’aller voir ceux qu’ils appelaient auparavant « les fayots », pour leur demander de l’aide. Tout doucement, des groupes de travail se formèrent, jusqu’au moment où tous les élèves de la promotion prirent l’habitude de se retrouver, une à deux fois par semaine, après les cours, pour travailler tous ensemble.

Deux élèves, toutefois, ne jouaient pas le jeu. Ils participaient bien aux réunions, mais n’y travaillaient pas vraiment. En les connaissant mieux, les autres élèves se rendirent compte qu’il s’agissait d’élèves s’étant trompés d’orientation, mais qui ne pouvaient pas, pour des raisons personnelles, abandonner le cursus en cours d’année. Cependant, le premier, par ses talents culinaires, préparaient des repas d’une telle qualité aux autres élèves lors des réunions, que ces derniers y trouvaient là une motivation supplémentaire. Le second, par son humour, empêchait les climats de tension de s’installer dans le groupe, tandis que par son imagination, il arrivait à transformer un grand nombre d’exercices en jeu. Du coup, l’ambiance des réunions était très festive, et la plupart des élèves y travaillaient sans vraiment y penser.

À la grande surprise du professeur, le résultat de la classe augmenta jusqu’à 13,5 au deuxième trimestre, et grimpa même jusqu’à 16/20 en fin d’année scolaire. Ceux qui étaient de mauvais élèves en début d’année étaient fiers d’avoir pu augmenter leur niveau, tandis que les bons élèves étaient fiers d’avoir réussi à aider les autres. Le professeur et les élèves avaient, au cours de cette année, appris quelques leçons intéressantes :

  • C’est en travaillant tous ensemble que l’on peut bâtir de grandes choses. La compétition peut être bénéfique en stimulant quelques individus, mais elle est de façon générale néfaste à l’ensemble de la société.
  • Tout le monde peut apporter quelque chose à un groupe, même ceux qui n’apportent pas le résultat d’un travail mesurable. Si la société prend la peine de chercher, elle peut trouver en chaque individu une qualité qui peut bénéficier à tous.
  • L’argent (ou les notes) comme récompense d’un travail n’est qu’un leurre, car il n’apporte pas de satisfaction, mais au contraire le désir d’en avoir encore plus. La seule vraie récompense, c’est de passer des moments de bonheur, entouré de personnes que l’on apprécie. Et pour mieux apprécier une personne, il suffit parfois simplement d’apprendre à la connaitre…
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3 commentaires pour Histoire d’assistés

  1. Olivier dit :

    Tout à fait d’accord, très beau texte, merci.

  2. Lunesoleil dit :

    Merci pour cette belle moralité 🙂

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