Pourquoi un revenu de base ?

Il y a environ 3 millions d’années, notre ancêtre a appris à fabriquer et manipuler des outils. Ces outils lui ont facilité les tâches nécessaires pour sa survie. Il a pu les accomplir plus facilement, plus rapidement, se libérant ainsi un peu de temps ; temps qu’il a utilisé, du moins en partie, pour transmettre son savoir à ses descendants, créant ainsi une spirale vertueuse. En effet, les descendants, fort de ce savoir, on pu à leur tour utiliser ces outils, voir les améliorer, et ainsi se libérer encore du temps. En fait, à cette époque, l’homme est devenue une espèce à part dans le règne animal, une espèce qui n’a eu de cesse d’évoluer pour améliorer son niveau de vie, donc sa sécurité, son confort et son temps libre.

Cette évolution a subit un brusque coup d’accélérateur il y a environ 1 siècle, lors de la révolution industrielle, lorsque l’on a commencé à robotiser les chaines de production. Sauf qu’à ce moment-là, il y a eu un raté… Pour bien vous expliquer ce qui s’est passé, je vais être obligé de faire un petit détour sur le thème de la démocratie.

Comme vous le savez, la plupart des pays occidentaux possèdent un régime démocratique. N’est-ce pas ? Et bien non, c’est tout faux. La démocratie, par définition, c’est lorsque le peuple a le pouvoir de décider. Lorsque la seule décision que le peuple peut prendre, c’est de décider qui va décider à sa place, ce n’est pas de la démocratie. Lorsqu’une élite vient vous voir en disant : « Nous avons bien étudié le dossier. Vous avez le choix entre la peste et le choléra. Nous allons vous appeler aux urnes pour savoir quelle solution vous préférez. » on ne peut pas dire que vous avez vraiment le choix ; ce n’est pas de la démocratie. D’ailleurs, on entend parfois parler de démocratie directe, ce qui est un pléonasme. La démocratie, c’est forcément directe. Au contraire, les régime occidentaux s’auto-qualifient de démocratie représentative. C’est un oxymore, comme lorsque l’on parle de « discrimination positive ». Si elle est représentative, une démocratie n’en est plus une…

En fait, il existe très peu d’exemple de véritables démocraties dans l’histoire de l’homme. En général, il y a toujours une élite qui dirige le peuple. Cette élite s’accroche à son pouvoir pour deux raisons. La première, c’est qu’elle en retire des privilèges. En général, elle s’octroie la plus grosse part de l’évolution, au détriment du peuple. La seconde, c’est qu’une grande partie de ces élites est sincèrement persuadée que sa position lui permet d’avoir un avis plus éclairé et donc de mieux diriger. Pour eux, si le « peuple ignorant » prenait les rênes, le pays courrait à la catastrophe.

Mais revenons à notre révolution industrielle. Je vais vous expliquer ce qui s’est passé en prenant comme exemple une entreprise fictive qui possède trois ouvriers et produit 10 unités par jour. Vous pouvez remplacer « unité » par ce que vous voulez : voiture, meuble, savonnette, etc. Notre entreprise se modernise et arrive à produire ces 10 unités par jour avec un seul salarié. Les salariés pourraient alors décider de travailler à tour de rôle. Après tout, l’entreprise produit autant, donc gagne autant. Ils pourraient donc travailler trois fois moins pour le même salaire !

Sauf que les unités de production n’appartiennent pas aux ouvriers, mais aux industriels, qui font partie de cette élite dirigeante. Or, pour eux, si l’on donne du temps libre au peuple, cela va lui permettre de réfléchir, et cela peut être dangereux. Il faut donc absolument le garder occupé. Et c’est là qu’est le problème. Si, jusqu’à cette époque, on travaillait pour combler un besoin, à partir de ce moment-là, le travail est devenu une fin en soi. On s’est mis à travailler uniquement pour rester occupé !

Bien entendu, les industriels n’ont pas présenté cela ainsi. En fait, dans notre entreprise fictive, le patron est venu voir les salariés pour leur dire : « Vous allez continuer à travailler comme avant. Nous produirons donc 30 unités par jour, que nous allons pouvoir vendre chacune moins cher puisque nous avons autant de main d’œuvre qu’avant. Les consommateurs seront contents. Et comme nous allons vendre plus de produits, nous allons gagner plus d’argent. Je vais donc pouvoir vous augmenter de façon substantielle. » Et c’est effectivement ce qui s’est passé. Les salariés ont donc été contents, et même les syndicats ont applaudis. Pourtant, ce raisonnement à deux failles.

Je ne m’attarderai pas sur la première, parce qu’il s’agit d’un problème écologique, et ce n’est pas le sujet du jour. En effet, nous sommes entré à ce moment-là dans l’ère du consumérisme. Il faut absolument acheter, même si l’on en a pas d’utilité, quitte à jeter. Tant pis si cela augmente la taille des décharges. Tant pis si l’on épuise la planète à extraire les ressources nécessaires pour produire.

La seconde faille, elle, a créée le monde du travail que nous connaissons. Le problème, c’est que la productivité a continué à augmenter. Ainsi, notre entreprise qui produisait 3 fois plus, s’est mise à produire 4, puis 5, 6, 7, 8, etc. fois plus. Mais à un moment donné, malgré le matraquage publicitaire, il n’y a plus eu assez d’acheteurs. Il a donc fallu réduire la production, et donc le nombre d’heures travaillées. Mais, comme on l’a déjà dit, les industriels ne veulent pas laisser trop de temps libre aux salariés. Ils ont donc fait un formidable tour de passe-passe : ils ont manipulé les salariés pour que, dans leur tête, le seul paramètre qui entre en compte pour le calcul du salaire soit le temps de travail.

Et cela a tellement bien fonctionné que de nombreux salariés raisonnent toujours comme cela de nos jours. On voit d’ailleurs régulièrement des reportages sur des salariés demandant à travailler le dimanche, indiquant que, dans le cas contraire, ils ont du mal à boucler les fins de mois. Pourtant, ce n’est pas une augmentation de travail qui va les aider, mais bien une augmentation de salaire !

Bref, à cette époque, lorsque les industriels ont expliqué qu’il fallait réduire le nombre d’heure de travail, les salariés ont eu peur que cela réduise leur salaire de façon proportionnelle, et ils ont donc préféré que l’on licencie le moins compétent d’entre eux. C’est ainsi que l’on a créé le chômage. On pourrait croire que le salarié chômeur a plein de temps libre et qu’il va pouvoir réfléchir et donc être dangereux. Mais en fait, ce n’est pas du tout le cas. D’une part, le chômeur est mis au ban de la société. On lui fait comprendre que son incompétence seule est la cause de sa situation. Il a donc plutôt tendance à être déprimé et n’a pas forcément envie de réfléchir sur le monde qui l’entoure. De plus, le chômeur n’a plus de ressource pour vivre. Son esprit va donc forcément être occupé pour trouver au jour le jour un moyen de survivre.

Voici comment nous en sommes arrivé là aujourd’hui. Alors, lorsque nous entendons les hommes politiques, de gauche comme de droite (et même d’extrême droite, vous savez, ceux qui disent qu’ils ont une voix différente de l’UMPS) dire qu’il faut absolument trouver une solution pour créer de l’emploi, j’ai envie de crier : « Non ! » Cela fait 3 millions d’années que l’homme essaie de se libérer du travail, on ne va pas demander aux gens de creuser un trou puis de le reboucher uniquement pour les occuper ! Non, il faut trouver une solution pour casser ce lien fort entre revenu, donc survie, et emploi. Et cette solution, c’est le revenu de base.

Je dis bien LA solution, et non UNE solution, car de toutes les propositions diverses et variées que j’ai pu entendre, c’est la seule qui, non seulement serait efficace, mais en plus serait applicable immédiatement dans notre société, sans que cela ne nécessite de gros bouleversements. Attention, je ne dis pas que cela ne créerait pas de bouleversement. La mise en place d’un revenu de base aurait tellement de conséquences positives directes et indirectes, comme par exemple l’émergence d’une véritable démocratie, que cela préparerait l’arrivée d’une nouvelle société.

Pour en savoir plus :

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15 commentaires pour Pourquoi un revenu de base ?

  1. orneon dit :

    Pourquoi ce serait la seule efficace ?
    Quid du « Salaire à Vie » proposé par le Réseau Salariat ? Certes ça cause des bouleversements, mais ça paraît plutôt efficace, peut-être même plus que le revenu de base (puisque ça prend en compte notamment d’autres soucis, comme la propriété lucrative – ou la rente – et la gestion des outils de productions qui n’est actuellement pas du fait des producteurs mais de leurs exploitants).
    Quid de la « Dotation Inconditionnelle d’Autonomie », proposé par les décroissants ? Il faut aussi des modifications, notamment démocratiques, mais ça me semble aussi diablement efficace.

    • Relisez-moi : je n’ai pas dit que c’est la seule efficace, mais la seule qui soit à la fois efficace, et adaptée à notre monde d’aujourd’hui, donc sans créer de gros bouleversements. Le « Salaire à Vie » tel que proposé par Bernard Friot n’est pas, selon moi, adaptable dans le monde d’aujourd’hui, car nous avons encore un rapport à l’argent qui est trop égoïste. Il pourrait, par contre, devenir l’avenir du revenu de base.
      Quant à la « Dotation Inconditionnelle d’Autonomie », quelle différence faites-vous avec le revenu de base ?

  2. serge brosteaux dit :

    ce n’est qu’un point de vue et un point de vue ne peut engendrer La Solution même s’il est juste et ce n’est même pas le cas.Par exemple,mes moutons qui n’ont pas « inventés d’outils » .,semblent jouîr de beaucoups de temps libre et mes chats….ces commensaux d’élites.D’accord je ne nous compare ici qu’avec des « bêtes » et c’est sans commune mesure avec l’élite de la biodiversité que nous sommes qui aurait créé une spirale vertueuse.Si le processus d’hominisation avait débuté par une spirale vertueuse ce qui implique que dans l’homme tout est bon comme dans le cochon le fait que l’on soit dans la merde serait une bonne chose.?.Je crois qu’au regard de ce que nous connaissons de l’histoire humaine nous n’avons été tout au plus pour la plupart d’entre nous que aspirants humains…,et pour un inadapté t’as l’air d’avoir tout compris,chapeau. et en plus tu adhères a La solution,,espérons que ce n’est pas la finale!

    • Ce n’est en effet que mon point de vue, et c’est l’objectif de ce journal que de le partager… 🙂
      En ce qui concerne la comparaison avec tes moutons ou tes chats, on ne peut pas dire qu’elle soit pertinente. Cette comparaison est faite avec des animaux domestiques qui comptent sur leur maitre pour assurer leur sécurité et l’essentiel de leur nourriture. Effectivement, cela leur permet d’avoir un peu de temps libre !
      Je crois que tu n’as pas forcément compris l’utilisation du terme de « spirale vertueuse ». Je l’ai employé uniquement dans le sens où plus l’homme a amélioré son niveau de vie, plus il lui a été facile de l’améliorer encore. Cela n’a rien à voir avec un quelconque sens morale…
      En fait, en lisant ton commentaire, j’ai l’impression que tu as lu l’article que tu commentes en diagonale, tant les opinions que tu sembles me prêter sont éloignées de la réalité.

  3. sarah dit :

    Bonsoir,
    c’est intéressant et bien écrit. A combien estimeriez vous ce salaire minimum ? si je comprends bien ce serait un revenu que tout le monde toucherait chômage ou non ? Qui payerait cela ?
    Merci

    • Bonjour,
      Merci pour le compliment… 🙂 Pour plus d’information sur le revenu de base, je vous conseil de suivre le lien que j’ai mis en fin d’article. Le mieux, c’est de regarder le film qui se trouve ici : http://revenudebase.info/comprendre-le-revenu-de-base/film/
      Je ne souhaite pas développer plus sur le revenu de base lui-même dans cette article, car il ne s’agit que du discours introductif que je compte prononcer lors des soirées-débats que l’on organise sur le sujet.

  4. Alain Rouxhet dit :

    Je n’ai pas eu le temps de faire une critique détaillée de votre article, et ce n’était d’ailleurs pas nécessaire : en ma qualité de Professeur d’Economie, je peux confirmer que vous êtes, pour l’ensemble, dans le vrai.
    Je pense pourtant que ces idées (qui ne sont pas nouvelles) resteront malheureusement des théories utopiques, essentiellement pour deux raisons :

    1. Dans tout changement d’un système économique (tout système économique étant basé sur des normes sociales et des concepts culturels), une partie des gens y gagnent et d’autres y perdent. Et , aussi longtemps que ceux qui y ont à perdre seront plus puissants que ceux qui y ont à gagner, le changement ne se fera pas.

    2. Surtout si l’on prend en compte le fait que parmi ces « puissants » qui ont intérêt au statu-quo, il se trouve des psychopathes et des criminels. Tant de talentueux économistes et philosophes ont déjà critiqué les failles structurelles et opérationnelles des différents systèmes, proposé des solutions intelligentes, qu’on ne devrait rencontrer aucune difficulté à mettre en place le « système idéal ». Celui que nous avons mis en œuvre dans nos sociétés « démocratiques industrialisées » en a d’ailleurs été relativement proche pendant plusieurs décennies. Mais toutes les idées des économistes, des philosophes, partent de l’hypothèse tacite et implicite que l’Homme est honnête. L’Histoire nous montre que toutes les tentatives de construction d’un système idéal tournent à la catastrophe, non parce que le système est mauvais, mais parce que les Hommes sont malhonnêtes, égoïstes, profiteurs, menteurs et parfois ( ?) criminels.
    Les trafiquants de drogues, les tueurs à gages, les politiciens véreux, les fraudeurs du fisc, auront-ils droit au « revenu de base » (ou allocation universelle, si je ne me trompe) ?
    Je reste un sincère partisan de la formule, prêt à agir pour la mettre en œuvre, parce qu’elle aurait au moins le mérite de revaloriser socialement tous celles et ceux – et j’en connais beaucoup – qui par leurs compétences, leur intelligence et leur courage, pourraient être utiles et vivre décemment, et qui n’y parviennent pas, parce que stigmatisés par l’étiquette « chômeurs » (quand ce n’est pas « SDF », voire sans-papiers, ou rien du tout.
    Et les autres, qui ne cherchent pas de travail parce qu’ils en ont, un travail, qui les occupe déjà à temps plein, mais qui cherchent de l’argent, parce que leur travail ne leur en procure pas assez pour vivre. J’en connais parmi ceux-là, qui exercent des métiers parmi les plus utiles, et qui se retrouvent dans la misère et le désespoir. Les ouvriers de la métallurgie en Belgique.

    • Tout d’abord, merci pour ce commentaire fort intéressant. J’aurai voulu réagir sur deux points :
      * Dans tout changement, certains y gagnent, d’autres y perdent
      Ce n’est pas forcément le cas. Dans le cas d’un revenu de base, il y aura forcément besoin d’un peu plus de plus de redistribution, ce qui veut dire que les plus riches devront donner plus pour la solidarité. Si l’on se contente de regarder cet aspect, les plus riches vont effectivement y perdre. Ceci dit, les riches suscitent la jalousie. Ils vivent donc dans l’inquiétude d’être attaqué par un nécessiteux et dépensent de grosses sommes d’argent (portes blindées, alarmes, gardes du corps) pour assurer leur sécurité. Un revenu de base, en donnant de quoi vivre à tout le monde, éliminerait la pauvreté et, par voie de conséquent, diminuerait fortement la criminalité (c’est d’ailleurs ce que révèlent les différentes expériences menées sur le sujet). Au final, les « riches » pourraient donc faire des économies en terme de sécurité. Sans compter qu’ils vivraient dans un monde plus apaisé, plus agréable. Au final, ils auraient, eux aussi, à y gagner.
      * Les puissants sont plus forts que le peuple
      C’est vrai… Tant que le peuple y croit ! Les puissants sont trop peu nombreux pour imposer quoi que ce soit sans la volonté des dominés. Leur seul atout, c’est qu’il faudrait, pour les renverser, que les dominés se rassemblent et parlent d’une seule voix… Et ce n’est pas gagné !

      • Alain Rouxhet dit :

        Comme toute théorie peut être qualifiée d’utopique – voire de fausse – tant qu’elle n’a pas été expérimentée, et nous savons bien que la plus grande faiblesse des théories économiques vient de la difficulté – voire de l’impossibilité – de les mettre à l’épreuve de l’expérience, je suis allé relire, un peu en diagonale par manque de temps, les rapports des expériences menées sur le sujet qui nous intéresse.
        Si je résume bien, ces expériences obtiennent des résultats réellement positifs dans des communautés restreintes de pays défavorisés ou d’économies émergentes, là où les habitants ne bénéficiaient pas, avant l’expérience, des systèmes d’allocations et d’aides étatiques déjà en place dans « nos » pays.
        Par contre, pour ce qui est des expériences tentées dans des contextes plus ou moins comparables à ce que nous connaissons ici, les résultats donnent lieu à des interprétations nettement plus complexes et mitigées :
        1. On remarque que les critiques formulées par les adversaires du Revenu de base se manifestent (désengagement vis-à-vis des activités collectivement productives, tendance à des comportements d’assistés) . L’interprétation des résultats des expériences ne semble pas pouvoir dépasser le stade de constater que les conséquences critiquables se manifestent « moins fort » que ne le prédisent les détracteurs.
        2. S’il semble que l’application d’une forme de Revenu de Base fasse baisser la criminalité, l’analyse manque de détails qualitatifs : je pense qu’effectivement, cette application fait logiquement baisser le niveau de la « petite » criminalité ou de la délinquance dans les contextes où, avant l’expérience, les gens n’avaient parfois pas d’autre solution de survie que le vol. Mais j’ai peine à croire que le Revenu de Base fasse baisser le niveau de la grande criminalité, du trafic de drogues ou d’êtres humains, de la fraude fiscale, qui sont les véritables fléaux qui détruisent nos économies. Pourquoi ? Je m’explique au point (3)
        3. Je n’ai trouvé nulle part confirmation de ce que l’application du Revenu de Base permette de restaurer l’existence dans nos pays, d’une classe moyenne solide. La véritable catastrophe de nos sociétés, c’est que leur fonctionnement est en train de détruire la classe moyenne. Des centaines de petites entreprises vivent, ici, par la sous-traitance, dans l’ombre des grandes. Arcelor-Mittal, Caterpillar, Ford, délocalisent, ou ferment des implantations industrielles. Cela met des centaines d’ouvriers sur le carreau, mais aussi, cela ruine des centaines de petites entreprises contraintes à la fermeture. Et ce n’est que la partie visible d’un iceberg où les gens qui faisaient partie de la classe moyenne se retrouvent, pour quelques-un d’entre eux, les plus chanceux, parmi les riches, et la toute grande majorité parmi les pauvres. De moins en moins de classe moyenne, de plus en plus de nouveaux riches, et, surtout, de nouveaux pauvres. C’est cela qui alimente la paranoïa sécuritaire des riches, qui se développe, non pas à propos de questions d’argent – je ne pense pas que les riches se préoccupent des économies qu’ils pourraient faire sur leurs systèmes de sécurité, mais en termes de pouvoir : c’est là qu’apparaît l’importance, non économique, mais sociale et politique, de la classe moyenne. Elle est constituée de personnes, de familles, trop nombreuses et diverses pour prétendre stratégiquement au pouvoir (c’est sans doute là leur faiblesse), et qui vivent (devrais-je dire « vivaient » ?) assez bien pour ne pas avoir de raisons de contester la situation de ceux qui détiennent véritablement le pouvoir. La disparition de la classe moyenne ne laisse plus en place, face aux riches et puissants, que des pauvres, frustrés et en colère.
        Le principe du Revenu de Base est-il politiquement assez puissant pour renverser cette situation ? S’il ne l’est pas, son application dans nos pays ne ressemblera jamais qu’à une version différente des systèmes d’allocations que nous connaissons déjà. Les détenteurs du pouvoir y veilleront.
        Ai-je tort ? N’ai-je pas été un peu trop populiste ? poujadiste ?

  5. Olivier dit :

    Bonjour,

    Le revenu de base perd son efficacité selon moi dans un tel système.
    ll ne réglera pas les inégalités mais les augmentera, tant que des personnes naissent avec plein d’argent, le déséquilibre est à la racine. Et l’argent, lorsqu’il est indispensable pour vivre, se nourrir et se loger, confère automatiquement un pouvoir à ceux qui en ont plus sur ce qui en ont moins, en leur accordant une plus grande liberté d’action.
    Les aides actuelles prennent au moins en compte la situation de précarité des personnes et ceux qui ont de l’argent n’y ont normalement pas droit, ce qui permet de « légèrement » compenser les inégalités de naissance.
    Pas sûr non plus qu’il permette d’assurer le minimum vital, il sera dépendant de la valeur de la monnaie, si le prix des biens de consommation alimentaire, locative ou d’énergie augmente (ce qui est déjà le cas), son montant risque de n’être même pas efficace pour assurer un niveau de vie décent aux « défavorisés » (comprendre, à la majorité des gens) . Sans parler de l’accès à la propriété, intrinsèquement lié à l’occupation d’un emploi et à la souscription d’un crédit, étant donné les prix actuels du marché… Et comme il n’y a pas vraiment de « politique de création d’emploi », les personnes seront forcées d’accepter des postes payés une misère (car nous subissons un marché de compétition mondiale qui entraîne la descente des salaires et des conditions de travail vers le bas, toujours un peu plus vers le bas, afin de rester « compétitif »).
    On pourrait croire que le revenu de base est un avantage, et si, en plus, il implique la suppression de toutes les aides que nous connaissons déjà, il ne fera qu’augmenter de manière très ostensible les inégalités…

    • Bonjour Olivier,

      Tout d’abord, merci pour ce commentaire. Je vais essayer d’y répondre…
      « l’argent, lorsqu’il est indispensable pour vivre (…) confère automatiquement un pouvoir à ceux qui en ont plus sur ce qui en ont moins »
      C’est justement là, la force du revenu de base. Il permet à chacun d’avoir le nécessaire pour vivre, donc tout ce que l’on peut avoir en plus, grâce à un quelconque travail rémunéré, par exemple, n’étant pas nécessaire pour la survie, on casse ce pouvoir de ceux qui en ont plus.
      « Les aides actuelles prennent au moins en compte la situation de précarité des personnes et ceux qui ont de l’argent n’y ont normalement pas droit »
      Contrairement à ce que l’on croit, c’est l’une des plus grande faiblesse du système actuel. Tout d’abord, il crée des effets de seuils fortement néfastes aux classes moyennes, qui ont juste un peu trop pour bénéficier des aides, mais qui, parce qu’ils n’en bénéficient pas, se retrouvent finalement avec un pouvoir d’achat inférieur à ceux qui gagnent moins qu’eux. Par exemple, il arrive qu’en gagnant 1€ de plus, on perde une aide de 500€ !
      Ensuite, cela incite les gens à tricher sur leur situation afin de continuer à bénéficier de l’aide. Et en conséquence, cela nécessite d’avoir des fonctionnaires dont le travail sera de vérifier la situation réelle de chacun. Cela nécessite de remplir des formalités administratives longues et fastidieuses, en apportant à chaque fois les preuves de ce que l’on avance. Le cout administratif est énorme.
      Enfin, et particulièrement pour les aides aux plus démunis, comme le RSA, cela colle aux bénéficiaires une étiquette fortement négative (fainéants, assistés, etc.) À tel point que le pourcentage de personnes qui ont droit à cette aide mais ne la demandent pas est très élevé.
      « ce qui permet de « légèrement » compenser les inégalités de naissance »
      Dans un système avec un revenu de base, il faut, bien entendu, un système d’imposition progressif. Les plus aisés vont donc, bien sûr, toucher le revenu de base, mais ils vont surtout en payer n fois la valeur dans leurs impôts.
      « Pas sûr non plus qu’il permette d’assurer le minimum vital »
      Heu… Si, c’est sûr ! Par définition, le montant du revenu de base doit permettre d’assurer à chacun une vie décente, et doit donc permettre de payer logement, habillement et nourriture.
      « nous subissons un marché de compétition mondiale qui entraîne la descente des salaires »
      Le revenu de base permet de faire en sorte que la part des salaires soit beaucoup moins importante dans le prix des produits. Effectivement, les salaires vont, grâce au revenu de base, fortement baisser (baisse compensée par le RdB). Mais pas à un niveau où le salarié serait exploité. Si, en effet, un salarié travaille pour presque rien dans une entreprise dont le patron gagne des millions, il aura l’impression que l’on se moque de lui et partira. Il partira avec d’autant moins de craintes que son revenu de base lui assurera de quoi vivre. Et le patron, pour retenir ses salariés, sera obligé d’augmenter les salaires.
      « On pourrait croire que le revenu de base est un avantage, et si, en plus, il implique la suppression de toutes les aides que nous connaissons déjà, il ne fera qu’augmenter de manière très ostensible les inégalités »
      Je pense qu’à la vue de ma réponse ci-dessus, vous comprenez l’inexactitude de cette phrase… 🙂

      • Alain Rouxhet dit :

        Je connais bien la réalité des « effets de seuil » néfastes à la Classe Moyenne. C’est vrai que si le Revenu de Base supprime ces effets de seuil, son adoption serait favorable à la survie de la Classe Moyenne. Tant mieux !

  6. Lunesoleil dit :

    J’ai signez la pétition, bravo pour l’initiative
    Un pour Tous, Tous pour Un ❤

  7. Ping : Réunion RdB à Cervens | Revenu de base - Groupe Ain/Savoie

  8. Ping : dernière ligne droite pour l’ICE sur le revenu de base | Revenu de base - Groupe Ain/Savoie

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